Puisque c’est Forbes qui le dit…

19 07 2007

Puisque c’est Forbes, la bible des businessmen américains, qui nous le dit cette fois , peut-être que le message que je martelle depuis au moins dix ans sera enfin entendu sous nos tropiques:

The world’s poorest countries are being sapped of the technological capacity they need to break out of the poverty trap and catch up with the rest of the world, the UN’s trade and development agency said today.

The UN Conference on Trade and Development argued in its annual report on Least Developed Countries that science, technology and innovation were not luxuries for the world’s poorest, but necessities that would allow them to leapfrog into the 21st century.

‘We do not see the real mainstreaming of technological policies in the poverty reduction strategies,’ UNCTAD Director General Supachai Panitchpakdi told journalists. Supachai said the 50 LDCs also needed to build the right environment for technological development, which would encourage investment in education and infrastructure and allow them ‘to break loose from their poverty trap.’

The report painted a critical picture of governments in the poorest countries, wealthy nations providing aid, as well as commodity-hungry foreign companies, saying they underestimated or neglected the value of technological development in LDCs. Foreign aid and investment flows are not building sufficient technical knowhow, infrastructure or innovative business that would enable the poorest countries to develop independently and create jobs in the longer term, it said.

Foreign Direct Investment by private companies was often focused on mining and oil industries or commodities, especially in Africa, producing little in the way of durable technology transfer into the poorest economies.

The report said market forces were having a ‘very limited’ impact on technological development in the poorest countries, ‘despite the high degree of exposure of LDCs to international trade and capital flows.’

Government policies encouraging technology and innovation are also lacking in the poorest countries, while emigration is also sapping their limited home-bred skilled workforce, UNCTAD said. The report found that 1 mln of the 6.6 mln people in LDCs with higher education were working in industrialised nations.

N’en rajoutez plus: on a compris!

Si “l´accumulation du savoir, les compétences technologiques et la capacité d´innover” constituent des “conditions essentielles pour un authentique développement des capacités productives”, le dernier rapport de la CNUCED constate que cela est encore plus vrai pour les pays les moins avancés. Or, en Afrique, on a souvent tendance à considérer la technologie et l’innovation comme un luxe, comme si on pouvait séparer les facteurs cognitifs du reste des défis du continent: qu’il s’agisse des questions de santé, d’emploi, ou de gestion, il n’est pas un secteur qui puisse se développer à l’abri de la révolution permanente des instruments techniques et des concepts qui permettent de les penser et de les améliorer. Tant que les “décideurs” africains n’auront pas fait siens cette vérité, la situation déjà désespérée de certains pays ne fera qu’empirer. Mais pour décider, encore faut-il avoir un peu de sens commun sinon de connaissance.

Or, dès lors que l’on parle de politiques publiques, les libéraux subtropicaux ressortent le discours de la Banque mondiale et du FMI sur l’importance du secteur privé. Mais si ce secteur est essentiel au développement, les forces du marché ne suffisent pas à orienter une stratégie nationale gagnante et sont donc incapables à elles seules de sortir un pays de la pauvreté. Le rapport insiste donc sur la nécessité de véritables politiques de développement centrées sur le savoir et la technologie dans les pays pauvres. On voit donc par là également que la guerre cognitive touche l’ensemble du spectre stratégique (économique, politique, militaire, social, culturel…) d’un pays.

La meilleure démonstration de ce fait nous vient des Etats-Unis: l’internet a été inventé pendant la guerre froide par le gouvernement américain pour parer à une attaque nucléaire des Soviétiques. Sur crédits publics, l’Etat américain a donc financé des laboratoires publics et privés (via des contrats d’armement ou de fourniture de systèmes cybernétiques avec des firmes technologiques). Une partie des découvertes est restée dans le domaine militaire, l’autre est partie dans le privé. Lorsque la guerre froide a pris fin, ces connaissances ont été “privatisées”: ce fut le début des startups dont les innovations technologiques ont fait la richesse de la bourse et de l’économie américaines des années 90 à 2000 et au-delà. Et l’histoire continue.

Les Chinois ont si bien compris la leçon que le Parti communiste travaille main dans la main avec les grands groupes industriels nationaux, désormais engagé dans la (re)conquête du monde. Ce modèle avait déjà été émulé avant eux par le Japon, puis par la Corée du sud avec les succès que l’on sait. L’Inde s’y est mis tôt, mais a isolé son marché intérieur pour éviter une concurrence trop forte de l’extérieur, le temps de bâtir des géants nationaux comme Tata ou plus près de nous Infosys. Les résultats sont déjà perceptibles.

Il n’y a qu’en Afrique qu’on pense qu’on peut se développer en ne comptant que sur l’aide des autres, et sans que l’Etat se dote d’un “cerveau national” digne de ce nom – à savoir une alliance entre un secteur de recherche scientifique aujourd’hui inexistant, des entreprises nationales privées et publiques sous contrat avec le gouvernement, et un système éducatif compétitif d’où le favoritisme et les passe-droits n’auraient pas cours. Pas étonnant dans ces cas qu’au lieu de réfléchir à ces questions essentielles pour l’avenir de l’Afrique de l’ouest – non seulement avec les meilleurs cerveaux du pays et de la diaspora, mais aussi de tous les Africains qui le souhaitent – les élites ivoiriennes proches du pouvoir aient jugé plus urgent de se tourner vers la France pour lui compter fleurette. Il y a des personnes qui ne devraient jamais prononcer le mot de stratégie sans payer pour avoir le droit de le faire.


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