L’ennemi intime (3): fin?

1 08 2007


Comme promis, voici la dernière partie de mon analyse sur L’Ennemi intime d’Ashis Nandy. ATTENTION: cette version est provisoire et sera revue de fond en comble d’ici ce soir.

Que reste-t-il du colonialisme aujourd’hui, et de quelle manière le confronter sans se laisser circonscrire à l’intérieur des limites fixées par la culture ambiante?

Ce qu’il reste du colonialisme

Principalement trois choses:

– des dividendes politiques, diplomatiques et militaires pour les anciennes puissances comme la france;

– une culture partagée qui fait la part belle au racisme et qui permet, notamment, à des fils d’immigrés venus d’Europe de l’est (Hongrie ou Pologne) de faire la leçon à des Antillais et des Africains qui ont une histoire plus longue avec la France, mais qui ne sont pas blancs;

– un renouvellement constant des stratégies pour adapter le colonialisme aux temps qui changent. Le dernier avatar étant l’alliance de la charité de masse, de la marchandisation du droit-de-l’hommisme et de la célébrité

Moyens et outils pour le combattre

– produire des recherches indiscutables et des écrits pertinents démontrant la permanence de ces dividendes et permettant de déconstruire les idées reçues sur la question;

– produire des images capables de déconstruire les mémoires et les imaginaires issues de cette histoire, tout en parlant du présent (ex: Kara Walker, Yinka Shonibare);

– produire des discours centrés sur l’actualité, mais faisant fi des catégories médiatiques – des sortes d’essais journalistiques comme celui du jeune romancier nigérian (ex: Uzodinma Iweala).

Dans les prochains jours, je reviendrai sur ces deux dernières approches dans des posts distincts. Pour l’heure, je vais me focaliser sur la production en matière conceptuelle et littéraire. Ceci m’amène en effet à prolonger la remarque de notre ami grioonaute au-delà de ce qu’il dit:

Il ne faut certainement pas rester scotché indéfiniment aux paroles de SARKOZY, prophète de la Rupture.

Cependant, pour nous qui sommes en France ou dont le sort est encore influencé par la France (et c’est malheureusement encore le cas d’une grande partie de l’Afrique francophone), les discours de SARKOZY sur l’Afrique ne peuvent être négligés.
(…)
Rien n’interdit effectivement de passer à autre chose.

Cette remarque invite à formuler la question suivante: puisque le colonialisme est vivant et même bien vivant (sous diverses apparences et avatars), sur quel terrain particulier le combattre? Plus précisément: puisqu’il survit en Métropole comme en la postcolonie – notamment sous la forme d’une culture et d’un immaginaire partagés – par où commencer et quel aspect privilégier? Et surtout, comment répondre (ou ignorer) des discours comme ceux de Sarkozy et ses inspirateurs contemporains – anciens néo-philosophes reconvertis en nouveaux négrologues (Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner, Stephen Smith et consors)? Ces interrogations légitimes m’amènent à faire le lien entre les penseurs d’hier (notamment Frantz Fanon, Edward Said, Ashis Nandy) et ceux d’aujourd’hui: je pense principalement à Achille Mbembe (qui vit aujourd’hui en Afrique du sud), ainsi qu’à son compatriote Théophile Kouamouo (qui réside depuis des années en Côte d’Ivoire).

La guerre cognitive ou l’occupation des espaces mentaux et des imaginaires

Je ne reviendrai pas ici sur la filliation Fanon-Said-Nandy. Les thèmes que j’ai évoqué dans mes deux précédents posts et dans celui-ci devraient suffire pour l’instant. En revanche, il me faut m’attarder quelque peu sur nos deux amis Camerounais. Je dois en effet à l’un comme à l’autre une dette intellectuelle que j’assume quotidiennement. C’est à ce lègue et à mes propres options stratégiques que j’aimerais consacrer la fin de ce tryptique. On comprendra alors mieux à la fois le panorama que je dresse des avatars actuels du colonialisme ainsi que les reproches que j’adresse à ce qu’il nous reste encore de panafricanisme (à savoir des miettes). C’est en effet ici qu’il convient d’élargir le cadre restreint de la critique médiatique pour se servir des notions de guerre cognitive et de guerre de l’information comme leviers privilégiés pour les combats en cours et à venir.


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